Courir 6,7 km par heure. Rien de plus simple sur le papier. Mais quand il faut répéter cette boucle chaque heure, sans savoir quand ça s’arrête, le défi devient un test mental à part. Ni chronométrée, ni balisée par une distance fixe, la backyard ultra est un format d’endurance à élimination où seul le dernier en course est déclaré finisher. Derrière sa mécanique simple se cache une épreuve d’usure, redoutable et de plus en plus populaire dans le monde du trail.

Qu’est-ce qu’une backyard ultra et comment ça fonctionne ?
La règle tient en une phrase : courir une boucle de 6,706 kilomètres toutes les heures, aussi longtemps que possible. Chaque tour commence à l’heure pile, et tout le monde repart ensemble. Si tu ne termines pas la boucle dans l’heure, ou si tu ne te présentes pas au départ suivant, tu es éliminé. La course s’arrête uniquement lorsqu’un coureur parvient à boucler une dernière boucle seul. Il est alors le seul finisher. Tous les autres sont classés DNF.
Pas de ligne d’arrivée prédéfinie. Pas de distance fixe. Pas de chrono final. Le temps devient l’arbitre, et le mental, la clé de voûte.
L’effort peut sembler lent, 6,7 km/h mais c’est sa répétition infinie qui use. Entre chaque boucle, les coureurs disposent de quelques minutes pour manger, boire, se reposer, voire s’assoupir. Ce cycle court impose une gestion millimétrée de l’énergie et du sommeil. La présence d’un camp de base rend l’environnement logistique plus « doux » que les ultras en pleine montagne, mais la charge mentale, elle, ne cesse d’augmenter.

crédit photo : Trail The World – Morgane Guérit
D’où vient la backyard ultra ?
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Le format est imaginé en 2011 par Gary Cantrell, alias Lazarus Lake, figure mythique de l’ultra américain et créateur des Barkley Marathons. Il conçoit la Big Dog’s Backyard Ultra dans son propre jardin à Bell Buckle, Tennessee. L’idée : faire 100 miles en 24 heures, soit 24 boucles de 6,706 km. La première édition est remportée par Tim Englund en 18 boucles (120 km).
Contrairement à d’autres formats, la backyard ultra n’est ni une marque commerciale ni une franchise. Elle n’est encadrée par aucune structure centralisée. C’est une idée libre, partagée, qui a essaimé dans le monde entier.
En quelques années, le format se propage dans plus de 70 pays. En France, les premières courses émergent dès 2019, comme la Chartreuse Backyard. La simplicité logistique et le côté communautaire séduisent les organisateurs comme les coureurs. Pendant la pandémie de 2020, un format par équipes nationales est même créé : 15 coureurs par pays, une boucle chacun à tour de rôle. Les États-Unis remportent la première édition.
Pourquoi ce format fascine-t-il autant les coureurs d’ultra ?
Le paradoxe de la backyard, c’est qu’elle semble accessible à tout le monde – une ou deux boucles pour découvrir – tout en permettant à l’élite de se mesurer sur la durée. On peut ainsi retrouver des amateurs faisant leurs 3 ou 5 boucles sur le même parcours que des athlètes visant 60 tours ou plus.
L’ambiance est aussi une clé du succès. Chaque coureur revient au même camp, toutes les heures. Ils se croisent, échangent, se soutiennent. Ce format hyper social crée un lien inhabituel dans l’univers souvent solitaire de l’ultra. Jusqu’au duel final, où tout devient silencieux, tendu, où chacun attend la défaillance de l’autre.

crédit photo : Trail The World – Morgane Guérit
Quels sont les records actuels en backyard ultra ?.
Depuis la première édition en 2011, les records n’ont cessé de grimper :
- Guillaume Calmettes (France) : 59 tours en 2017
- John Stocker : 81 tours en 2021
- Harvey Lewis : 85 tours en 2021, puis 108 en 2023
- Nicolas Cointepas (France) : 105 tours en 2024
- Une équipe belge : 110 tours en 2024
- Phil Gore (Australie) : 119 tours en 2025 (record actuel)
Chaque année, la Big Dog’s Backyard Ultra reste la référence du format. Elle sert aussi de base aux sélections pour les événements mondiaux.
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