« Chaque victoire représente un chapitre différent »
Tu es entrée dans l’histoire du trail en devenant la première femme à réaliser le triplé UTMB, avec des victoires sur l’UTMB, la CCC et l’OCC. Avec le recul, que représentent ces trois victoires dans ta carrière, et qu’est-ce qui rend les courses de Chamonix si particulières ?
Ruth Croft : Pour être honnête, devenir la première femme à remporter les trois courses n’a jamais vraiment été un objectif pour moi. J’ai toujours simplement choisi des courses qui me motivaient vraiment et, avec le temps, cela s’est fait assez naturellement.
Chamonix occupe une place particulière pour moi parce que j’y ai couru la CCC pour la première fois en 2015, et j’ai vraiment le sentiment que cela a marqué le début de ma carrière en trail running, notamment en Europe.
Quant à savoir quelle victoire me représente le mieux en tant que coureuse, je pense qu’elles correspondent toutes à des versions différentes de la personne que j’étais à ce moment-là. Nous évoluons constamment, en tant qu’athlètes comme en tant que personnes. La coureuse qui a remporté la CCC en 2015 était différente de celle qui a gagné l’OCC, et même la personne que je suis aujourd’hui est différente de celle que j’étais lorsque j’ai remporté l’UTMB l’année dernière. Chacune représente un chapitre différent de ma carrière.

« Il ne s’agit pas de défendre un titre, mais d’essayer de gagner à nouveau »
Tu as remporté l’UTMB en 2025 et tu reviens cette année pour défendre ton titre face à une nouvelle génération d’athlètes. Comment abordes-tu cette édition avec ce statut particulier de tenante du titre ?
Ruth Croft : Les gens pensent qu’il y a un poids supplémentaire lié au fait d’être la tenante du titre, mais je ne le vois pas comme ça. Un ami m’a dit qu’il ne s’agissait pas de défendre un titre, mais d’essayer de le gagner à nouveau. Cette phrase m’a vraiment parlé.
Quand on pense à « défendre », on peut avoir l’impression d’arriver sur la course en essayant de faire tout son possible pour ne pas perdre. Mais lorsqu’on revient avec l’idée d’essayer de gagner à nouveau, on accepte que le résultat de l’année précédente ne nous aide pas cette année.
Sur la ligne de départ, chez les hommes comme chez les femmes, nous repartons tous de zéro. Mon rôle est simplement de me concentrer sur le fait de produire ma meilleure performance possible le jour de la course.
« La performance, c’est regarder l’ensemble du tableau »
Sur une course comme l’UTMB, la performance ne repose pas uniquement sur les capacités physiques. Selon toi, quels sont aujourd’hui les facteurs qui font réellement la différence en ultra-trail : préparation, stratégie de course, nutrition, mental… ?
Ruth Croft : J’étudie actuellement la naturopathie et l’un des concepts dont nous parlons beaucoup est celui du holisme, c’est-à-dire l’idée qu’on ne peut pas considérer une partie d’une personne de manière isolée. Je pense que j’ai toujours abordé le trail de cette façon.
On peut être incroyablement fort physiquement, mais si la nutrition n’est pas adaptée, si l’état mental n’est pas bon ou si l’on ne se trouve pas dans une bonne situation émotionnelle, tôt ou tard l’un de ces éléments finit par nous rattraper, surtout sur quelque chose d’aussi long que l’UTMB.
Pour moi, la performance consiste à regarder l’ensemble du tableau. Il y a la préparation physique, la nutrition, la stratégie de course, le bien-être mental et émotionnel, la récupération, mais aussi tout ce qui se passe autour de nous en tant qu’athlète.
On ne peut pas simplement être en forme physiquement et s’attendre à ce que tout le reste se mette en place tout seul. En ultra, tous ces éléments finissent par être exposés. Pour moi, l’objectif est donc d’essayer de prendre soin de l’ensemble.
L’ultra comme « un nouveau sport »
Après plusieurs années au plus haut niveau, comment continues-tu à progresser et à repousser tes limites sur des distances d’ultra-trail aussi exigeantes ?
Ruth Croft : Je reste clairement très motivée par la compétition.
Je pense que l’une des choses qui m’a permis de conserver cette motivation et de continuer à progresser est de ne pas m’être tournée vers l’ultra-running trop tôt dans ma carrière. Je suis vraiment reconnaissante d’avoir passé autant de temps à courir sur des distances inférieures à l’ultra et à participer au Golden Trail World Series.
Lorsque je suis finalement passée à l’ultra, j’ai presque eu l’impression de découvrir un tout nouveau sport. Tout à coup, il y avait un ensemble de compétences complètement différentes à apprendre.
Cette progression a permis à la course à pied de rester intéressante pour moi. J’ai toujours le sentiment d’apprendre et il existe encore des domaines dans lesquels je peux progresser. Je pense que c’est une grande partie de ce qui continue à me motiver.

Les données pour identifier les tendances
Tu es ambassadrice Amazfit et la technologie fait partie de ton quotidien d’athlète. Quelle importance accordes-tu aujourd’hui aux données comme la fréquence cardiaque, la charge d’entraînement, la récupération ou encore l’analyse de l’effort ?
Ruth Croft : Je pense que l’important avec les données est de ne pas regarder une seule métrique de manière isolée, mais de l’observer dans le temps afin d’identifier des tendances.
Les données suivies par mon Amazfit Cheetah 2 Ultra ont également besoin d’être replacées dans leur contexte pour raconter toute l’histoire. Pour moi, il s’agit donc de combiner ces deux éléments.
Au quotidien, je regarde notamment mon score de sommeil, ma fréquence cardiaque au repos, ma variabilité de fréquence cardiaque — la HRV — et le BioCharge. Ces données me sont particulièrement utiles pour identifier des tendances.
Par exemple, si quelque chose évolue pendant plusieurs jours, cela peut parfois être un premier indicateur montrant que je récupère moins bien ou que je suis peut-être en train de tomber malade.
En ce qui concerne la charge d’entraînement et les analyses plus détaillées, c’est là que mon entraîneur intervient. C’est ce qu’il fait le mieux. Il s’agit vraiment de combiner les données avec mon ressenti personnel afin d’obtenir une vision complète.

« Sur l’UTMB, l’autonomie est évidemment essentielle »
Sur les courses longue distance comme l’UTMB, la fiabilité du matériel est essentielle. Qu’attends-tu d’une montre de trail pour qu’elle devienne un véritable partenaire de performance, notamment en matière d’autonomie, de précision des données et de suivi de course ?
Ruth Croft : Sur une course dont je ne connais pas le parcours, une navigation fiable est probablement l’élément le plus important pour moi.
Les informations concernant les montées sont également très utiles : connaître la pente, la distance restante jusqu’au sommet, par exemple.
Pendant la course elle-même, j’aime toutefois garder les choses assez simples. Les principales données que je consulte sont le temps, la distance, le dénivelé positif et la fréquence cardiaque. Je retrouve toutes ces informations sur ma montre Amazfit.
En parallèle, j’ai besoin de pouvoir faire confiance à la montre pour enregistrer précisément toutes ces données en arrière-plan, car mon entraîneur pourra ensuite les analyser et décortiquer la course beaucoup plus en détail.
Et sur quelque chose d’aussi long que l’UTMB, l’autonomie de la batterie est évidemment essentielle.

« Les données doivent renforcer les sensations, pas les dicter »
Avec Amazfit, tu as accès à de nombreuses métriques pour mieux comprendre ton corps. Comment trouves-tu le bon équilibre entre l’utilisation des données et ton expérience ou ton instinct d’athlète d’ultra-trail ?
Ruth Croft : Je pense que c’est toujours un mélange des deux. Souvent, j’utilise les données de ma Cheetah 2 Ultra pour confirmer ce que je ressens déjà, plutôt que de laisser les données me dicter ce que je devrais ressentir.
Je pense qu’il est vraiment important, en tant qu’athlète, de développer cette capacité instinctive à comprendre et à lire son propre corps : savoir reconnaître lorsque l’on est fatigué, lorsque l’on récupère bien ou mal, ou lorsqu’il reste de la marge pour pousser davantage.
Les données sont un outil supplémentaire qui peut aider à valider ces sensations et à donner une vision plus complète, plutôt que quelque chose sur lequel il faudrait entièrement se reposer.


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