« Un jour il m’a dit : « Si tu veux, on essaie les haies ! ». J’ai essayé et j’y suis restée ! » – Interview Laura Valette

Publié le 10/06/2020 Mis à jour le 12/10/2021

On a eu la chance d'échanger avec Laura Valette, membre de l'équipe de France et spécialiste du 100m haies. Elle s'est livrée à nous sur sa préparation, ses compétitions ou encore sur son rapport avec ses sponsors. Rencontre !

runpack : Comment ça va après cette période de confinement ?

Laura Valette : Ça va ! On a repris les séances d’entraînement avec mon entraîneur donc c’est plutôt cool ! Le confinement a été un peu long à la fin comme pour beaucoup de monde. Mais j’ai quand même pu réussir à m’entraîner. J’étais rentrée chez mes parents et comme ils habitent à la campagne j’ai pu m’entraîner dans les bois ou même dans leur jardin. Franchement le confinement ça s’est bien passé. Ça m’a permis aussi de me recentrer sur moi et de me pencher sur mon plan de carrière. Car c’est vrai qu’on est souvent dans la précipitation. Là c’était une pause imposée mais ça a fait du bien.

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La motivation, je la garde même quand il n’y a pas de compétition.

Comment as-tu fait pour garder la motivation pendant cette période de confinement ?

LV: J’adore m’entraîner donc ce n’était pas une contrainte comme certains ont pu le vivre. La motivation, je la garde même quand il n’y a pas de compétition. Mais c’est vrai qu’à la fin c’était un peu long et courir sur le béton ça devenait un peu douloureux pour mes petits mollets. Mais la motivation est restée intacte !

D’ailleurs, travailles-tu avec un préparateur mental ?

LV : Oui, depuis l’été dernier ! On a mis ça en place avec mon entraîneur Richard. On se voit une fois par mois et j’ai aussi des exercices à faire de mon côté. On ne peut pas voir si ça a vraiment porté ses fruits pour l’instant mais même pour la vie de tous les jours c’est intéressant.

Habituellement à cette période-ci les athlètes partent en stage. Avais-tu toi aussi prévu de partir ?

LV : On devait partir 3 semaines avec l’équipe de France en Afrique du Sud. Donc l’annulation a été un peu dure à accepter. Et après on devait faire deux semaines avec la ligue au Portugal. Donc on devait partir un mois complet au mois d’avril mais ça ne s’est pas fait.

C’est quelque chose que tu fais souvent de partir en stage ? Quel intérêt y vois-tu ?

LV : On part tous les ans avec l’équipe de France, l’hiver et l’été. L’an passé j’avais fait 3 semaines au Japon et deux semaines et demie en Martinique. Les stages Équipe de France c’est sympa car on change de cadre et on change aussi de partenaires d’entraînement. On retrouve plus de confrontation car c’est plus dense. Et ça fait aussi du bien de voir ce qui se fait ailleurs et de voir comment les autres s’entraînent. Les stages avec la ligue c’est aussi sympa car ça permet de changer de cadre. La piste à Nantes on la connaît un peu par coeur. (Rires)

Ça apporte de la cohésion dans le groupe France ?

LV : Oui forcément car on est un peu coupés du monde. On est à 30 personnes maximum donc c’est sûr que ça apporte de la cohésion.

Ça va être une belle année l’année prochaine. Il ne va pas falloir chômer !

Donc annulation des stages… et annulation des Europes. Comment as-tu vécu cette annonce ?

LV : On a d’abord appris pour les Jeux Olympiques. Pour les Jeux je trouvais ça normal que ce soit annulé et on s’y attendait. Mais pour les « Europe » on pensait qu’ils allaient pouvoir être décalés. Pour nous, les jeunes athlètes, ça aurait été top car ça apporte une belle visibilité et il y a une concurrence qui est moindre qu’aux Championnats du Monde ou aux Jeux. Je pense que j’ai été plus déçue pour les « Europe » que pour les Jeux. En plus à la maison ça aurait eu une saveur particulière…

Alors quels sont tes objectifs pour la fin de saison ?

LV : J’ai vu avec mon entraîneur et ça va être vraiment de l’entraînement. Je n’ai que 23 ans et j’ai peut être encore 8 ou 9 ans de carrière devant moi. Il faut refaire de la vitesse, refaire des haies, etc. Ça va être beaucoup d’entraînement et s’il y a des meetings mi-août ou fin août pourquoi pas y participer. Il y a les championnats de France en septembre mais je ne pense pas que j’y participerai. J’ai la chance d’avoir un groupe d’entraînement où il y a un bon niveau. On peut déjà faire des petites compétitions entre nous. Donc c’est déjà pas mal !

Et à plus long terme ? Quels sont tes objectifs ?

LV : Forcément les Jeux Olympiques, reportés d’un an ! Cet hiver il y aura à la fois les Championnats d’Europe et les Championnats du Monde puisque les championnats du Monde ont été décalés à l’année prochaine. Donc ça va être une belle année l’année prochaine. Il ne va pas falloir chômer !

Un jour il m’a dit : « Si tu veux, on essaie les haies ! ». J’ai essayé et j’y suis restée !

De gros objectifs à venir donc ! On va revenir sur ton début de carrière. Qu’est-ce qui t’a amené à débuter l’athlétisme ?

LV : Tout simplement, mon frère et ma soeur en faisaient. Comme j’étais la petite dernière, mes parents m’ont mis à l’athlétisme car c’était plus facile de faire qu’une voiture pour nous y emmener. Et ça m’a tout de suite plu. Je suis restée là dedans !

Et pourquoi t’être arrêtée sur les haies ? Car on te voyait même sur les cross étant plus jeune !

LV : J’ai fait pas mal de cross jusqu’en minime 1 en effet. Et après tout simplement, il n’y avait plus trop d’entraîneur dans mon club. C’est à ce moment-là que Nicolas Trouvat, un entraîneur des États-Unis est arrivé. Il faisait du sprint et des haies. Il a monté une petite team et c’était vraiment hyper cool. Un jour il m’a dit : « Si tu veux, on essaie les haies ! ». J’ai essayé et j’y suis restée !

Tu es à Nantes depuis tes débuts. Pourquoi avoir décidé de rester ici ?

LV : Je suis née ici. J’ai toute ma famille ici et je suis très famille. Avec mon entraîneur ça se passe super bien aussi. Il a monté une team de rêve. On est presque tous en équipe de France donc il y a une belle émulation ! On a les kinés, la psychologue du sport etc. On a construit un bon pôle et j’ai zéro raison de partir. Il y a tout ce qu’il faut ici !

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Pour toi c’est quoi une semaine d’entraînement type ?

LV : Ça commence le lundi et ça finit le samedi midi, un peu comme on peut ! (Rires) Je m’entraîne 7 ou 8 fois par semaine. Souvent le lundi et le jeudi j’ai deux entraînements. On finit par une séance de lactique le samedi : la séance un peu redoutée de la semaine.

Est-ce que tu arrives à vivre uniquement grâce à la pratique de l’athlé ?

LV : Oui ! J’ai la chance d’avoir mon sponsor PUMA depuis 2014. Grâce à ce sponsor j’ai la chance de ne pas être obligée d’avoir un travail à côté comme c’est le cas pour beaucoup. J’ai juste à penser à l’après-carrière. J’ai aussi CAFPI comme sponsor. C’est basé à Nantes donc je peux facilement échanger avec eux.

Est-ce que ton contrat avec PUMA est ton premier contrat avec un équipementier ?

LV : Oui c’est mon premier contrat. J’avais 17ans quand j’ai signé chez eux !

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Pendant le confinement, on a vu une belle émulation avec les autres sportifs PUMA. On a l’impression qu’il y a un véritable esprit d’équipe chez PUMA. Le ressens-tu comme ça toi aussi ? 

LV : On en parle souvent en équipe de France avec les autres athlètes et j’ai aussi choisi cette marque car on y ressent vraiment le côté famille qu’on ne retrouve pas chez les autres marques. Je trouve ça cool de représenter une marque qui ne va pas te lâcher quand il y aura une blessure. Ils sont là et prennent des nouvelles. Je trouve ça important de représenter une marque avec des valeurs comme celles-là.

As-tu des contacts réguliers avec d’autres sportifs de la PUMA Fam ?

LV : J’ai plus de contacts avec les athlètes. On a des contacts quand il y a quelqu’un qui « perf » ou qui se blesse. Entre sportifs, tu peux plus facilement trouver les bons mots. Il y a des petits messages. Mais oui on se connaît plus entre athlètes en effet.

As-tu déjà eu la chance de rencontrer Usain Bolt ?

LV : Il y avait eu un rassemblement l’été dernier à Marseille et PUMA avait fait venir Usain Bolt. Il y avait eu une table ronde donc on avait pu échanger. Il était très accessible. On lui a demandé pas mal de photos et il a vraiment pris le temps de rester avec nous. En tous cas, ce jour-là, il était vraiment sympa !

Avec mon frère on regardait Ladji Doucouré à la télé. On trouvait ça fou et je trouvais ça beau !

As-tu un idole dans l’athlétisme ?

LV : L’année où j’ai commencé les haies, donc en minime 2, il y avait Ladji Doucouré qui passait à la télé. C’était l’époque où il était vraiment fort. Avec mon frère on le regardait à la télé et on trouvait ça fou et je trouvais ça beau ! En dehors du sportif c’est vraiment un gars bien qui se bat pour les bonnes causes donc c’est quelqu’un d’inspirant en tous cas.

 

Penses-tu déjà à ton après-carrière ?

LV : Je prépare les concours du CPE (Conseiller Principal d’Éducation) pour les collèges et lycées. Je devais passer le concours l’année prochaine après les Jeux mais ça tombe un peu à l’eau. Mais on en a parlé avec mon entraîneur et la psychologue du sport : même si j’ai le concours maintenant je ne pourrai travailler que dans 10 ans. Je pense que je vais me laisser un peu de temps mais je le prépare déjà. Ça me permet de n’être pas trop que dans l’athlé et c’est cool.

Quel est ton souvenir le plus marquant de ta carrière ?

LV : Avec le peu de recul que j’ai, le plus marquant ce sont les JO jeunes. C’est ce qui a lancé ma carrière et ce qui m’a donné envie de faire du haut niveau. En plus c’était en Chine, fin août, la préparation avait été longue, j’étais jeune. Ma famille avait fait le déplacement pour venir me voir. Mon coach était venu aussi. J’avais couru à 9h le matin et je me rappelle que toute la journée j’étais sur un petit nuage. J’avais l’impression d’être la reine du monde. Mais j’avais couru le vendredi et le lundi en rentrant j’allais passer mon bac. C’était un peu un retour compliqué à la réalité. Grâce à cette médaille, tout s’est bien goupillé derrière. Ça a été le tremplin de ma carrière pour le moment. En plus avec mes parents en Chine, c’était quelque chose.

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Comment vit-on une première sélection en équipe de France ?

LV : Pour moi c’était les FOJE, Festival Olympique de la Jeunesse. C’était aux Pays Bas. On était trois copines et on s’était toutes retrouvées là bas. J’avais gagné, ça s’était bien passé. Je me rappelle qu’on était tous un peu euphoriques. Mais ça mettait plus de pression qu’autre chose car tout était en anglais.

Et pour ta première sélection en équipe de France sénior, est-ce qu’il y a eu une saveur particulière et différente ?

LV : Ma première sélection sénior c’était pour le Décanation, donc c’est cool avec un esprit « interclubs ». J’avais 18ans, j’étais la petite jeune, je m’étais faite bizuter : ils m’avaient mise dans l’eau. Mais je n’avais pas eu plus de pression que ça. À l’époque c’était Ghani Yalouz qui était là et qui m’avait dit : « Amuse-toi ! ». Je m’étais pris 2 haies par la première. Il y avait la championne Olympique à côté de moi. Elle était partie en 7 appuis et moi en 8. J’étais totalement perdue mais tout le monde avait été cool. Donc c’était un bon souvenir !

Entendre la Marseillaise, ça fait remonter pas mal de choses. Tu as l’impression que le monde s’arrête et que tout le monde est fixé sur toi. Ce sont des souvenirs qui nous marquent et qu’on garde bien en soi.

Ça fait quoi d’entendre la Marseillaise quand on sait qu’elle est pour soi ?

LV : Ça fait remonter pas mal de choses. La première fois ça ne m’avait pas fait grand chose car je pense que je ne me rendais pas trop compte. Mais la deuxième fois aux JOJE je savais tout le travail qu’il y avait eu derrière et il y avait mes parents qui étaient là donc c’était vraiment émouvant. Tu as l’impression que le monde s’arrête et que tout le monde est fixé sur toi. Ce sont des souvenirs qui nous marquent et qu’on garde bien en soi.

Est-ce que tu gardes tes maillots de l’équipe de France et en échanges-tu avec d’autres athlètes ? 

LV : J’essaie d’en garder un par collection. Et pour les échanges, c’est plus chez les jeunes que ça se fait. Chez les JOJE j’avais échangé contre les USA et la Jamaïque.

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Est-ce que tu prêtes une attention particulière à ton équipement ?

LV : Je suis toutes les nouveautés de PUMA sur Instagram donc quand il y a les nouvelles collections qui sortent on sait ce qu’on va avoir. Mais après j’essaie de ne pas trop regarder ce qu’on va avoir, même quand certains postent sur les réseaux sociaux, comme ça, c’est un peu Noël quand je reçois mes cartons.

Combien de paires de pointes reçois-tu par saison ? À quelle fréquence changes-tu de paire ?

LV : Quand il y a un nouveau modèle on porte le nouveau modèle. Pour une saison, on reçoit trois paires de pointes. Si il y a un problème on peut en redemander. Mais au maximum on utilise une paire par saison, voire deux si on fait un trou.

Parmi tous les modèles de PUMA, quel a été ton favori ?

LV : L’an dernier il y avait un modèle gris avec la semelle à l’effet un peu miroir. Ça se mariait un peu avec tout et c’était vraiment beau. Cette année tout le design a changé avec un chausson en toile. Ça change mais c’est vraiment sympa aussi.

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Qu’emportes-tu dans ton sac lorsque tu vas à l’entraînement ou en compétition ? 

LV : J’ai plein de gris-gris : j’ai toutes mes bagues. Même si je fais mon record la veille, le lendemain je vais tout laver pour tout remettre pareil, même les sous-vêtements. Je suis hyper « relou » avec ça ! (Rires). J’ai une paire de chaussettes que j’ai mise deux fois et ces deux fois j’ai fait mon record. Donc j’ai fait un petit trou dedans pour me rappeler de laquelle il s’agit. J’ai aussi une gourde que je garde depuis 2 ans alors que PUMA m’en envoie d’autres. Mais je la garde car je l’aime  bien. Sinon je suis obligée de mettre les nouveaux produits de PUMA, donc je change assez régulièrement.

Ultime question de cette interview : quelle est ta tenue idéale pour l’entraînement en ce moment ?

LV : En ce moment je mets beaucoup de shorts un peu volants type « demi-fond ». Sinon il fait chaud donc en brassière en haut. Je mets souvent une tenue noire avec un petit détail flash. Un petit short volant avec une petite brassière et c’est parti !

 


Cette interview de Laura Valette est également disponible en version podcast. Il s’agit du 5ème épisode du Pack à retrouver sur toutes les plateformes d’écoute !

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