Chaussures de running

Les chaussures des records du monde du marathon

Publié le 15/05/2026

Des racing flats aux supershoes, retour sur les chaussures qui ont accompagné les records du monde du marathon

De Paul Tergat à Sabastian Sawe, le record du monde du marathon raconte aussi l’évolution des chaussures de course. En un peu plus de vingt ans, les modèles bas, légers et proches du sol ont laissé place à des paires plus épaisses, plus rigides et pensées pour limiter les pertes d’énergie.

 

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Depuis 2003, le record masculin du marathon a perdu plus de cinq minutes. Cette progression reste d’abord celle des athlètes, des parcours, du pacing et des conditions de course. Mais les chaussures ont pris une place de plus en plus visible. Nike et adidas ont accompagné chaque grande étape avec des modèles devenus, pour certains, des références de leur époque.

Des chaussures basses aux premières mousses réactives

Avant l’arrivée des plaques carbone et des semelles très épaisses, les chaussures de marathon répondaient à une logique plus simple : gagner du poids, rester proches du sol et accompagner une foulée rapide sans ajouter trop de matière. Entre 2003 et 2014, les records du monde se sont construits autour de modèles plus fins, souvent fermes, mais déjà pensés pour optimiser le rendement sur 42,195 km.

Paul Tergat : 2 h 04 min 55 à Berlin en 2003

Aux pieds de Paul Tergat, la Nike Air Zoom Katana II x Air Ghost Racer prototype symbolise une autre époque du marathon. La paire reste basse, légère, directe. Pas de semelle épaisse, pas de bascule très marquée, pas de plaque carbone intégrée comme sur les modèles actuels. L’objectif est simple : réduire le poids, garder du dynamisme et laisser l’athlète dérouler sa foulée avec un contact net avec la route. En passant sous les 2 h 05, Tergat pose une première base dans cette chronologie moderne du marathon.

Haile Gebrselassie : 2 h 04 min 26 à Berlin en 2007

Quatre ans plus tard, Haile Gebrselassie abaisse le record avec l’adidas Adizero CS. La marque aux trois bandes commence alors une séquence très forte sur marathon. La chaussure reste dans une logique de racing flat : peu de volume, une structure simple et une recherche de rendement par la légèreté. À cette période, le travail des marques se concentre surtout sur l’efficacité du déroulé, le maintien du pied et la réduction de matière. L’Adizero CS ouvre la voie à une série de records signés adidas.

Haile Gebrselassie : 2 h 03 min 59 à Berlin en 2008

En 2008, Haile Gebrselassie devient le premier homme sous les 2 h 04 sur marathon. Il porte alors l’adidas Adizero Adios, une paire qui va marquer l’histoire du running. Sa construction reste fine, mais plus travaillée. La semelle combine notamment CMEVA, adiPRENE et système Torsion pour apporter amorti, stabilité et relance. Ce modèle illustre bien la philosophie de l’époque : une chaussure rapide doit rester légère, proche du sol et assez ferme pour accompagner une foulée très efficace.

Patrick Makau : 2 h 03 min 38 à Berlin en 2011

Avec Patrick Makau, l’Adizero Adios passe à une deuxième génération. L’adidas Adizero Adios 2 garde l’ADN du modèle de Gebrselassie, mais affine certains points : maintien, accroche, stabilité et réponse de la semelle. Le record descend de 21 secondes. La chaussure n’a pas encore le volume des supershoes actuelles, mais elle montre que les marques cherchent déjà à optimiser chaque détail. On reste dans une progression par petites touches, sans rupture visuelle forte.

Wilson Kipsang : 2 h 03 min 23 à Berlin en 2013

Le record de Wilson Kipsang marque une zone de transition. Selon les sources, la paire est présentée comme une adidas Adizero Adios 2 ou comme une Adizero Adios Boost. Dans l’article, le plus juste est de parler d’une évolution de l’Adios au moment où la mousse Boost arrive dans la gamme. Ce point est intéressant, car la chaussure ne cherche plus seulement à être légère. Elle commence aussi à apporter davantage d’amorti et de retour sous le pied, sans perdre son profil course.

Dennis Kimetto : 2 h 02 min 57 à Berlin en 2014

En 2014, Dennis Kimetto devient le premier homme sous les 2 h 03 avec l’adidas Adizero Adios Boost 2. La mousse Boost prend alors une place plus nette dans l’histoire du record du monde. La paire reste beaucoup plus basse qu’une supershoe actuelle, mais elle apporte une sensation plus amortie et plus réactive que les flats précédentes. Ce record ferme une première période dominée par adidas, avant le grand basculement technique qui arrive quelques années plus tard.

La bascule vers les supershoes

À partir de 2018, la chaussure de marathon change de dimension. Les modèles ne sont plus seulement pensés pour être légers et proches du sol. Ils deviennent plus hauts, plus rigides et plus structurés, avec des mousses très réactives, une plaque carbone et une géométrie qui accompagne davantage la bascule vers l’avant. C’est à ce moment que la supershoe devient un standard du très haut niveau.

Eliud Kipchoge : 2 h 01 min 39 à Berlin en 2018

Le record d’Eliud Kipchoge en 2018 change la lecture des chaussures de marathon. Avec un prototype Nike Zoom Vaporfly Next%, on entre dans l’ère des supershoes. La paire associe une mousse ZoomX, une plaque carbone et une géométrie plus haute. Le but n’est plus seulement d’alléger la chaussure. Il s’agit aussi d’améliorer l’économie de course, de faciliter la transition vers l’avant et de préserver les jambes sur 42,195 km. L’écart avec l’ancien record, 1 min 18, donne encore plus de poids à cette bascule.

Eliud Kipchoge : 2 h 01 min 09 à Berlin en 2022

Quatre ans plus tard, Eliud Kipchoge bat son propre record avec la Nike Air Zoom Alphafly Next% 2. La paire pousse plus loin la recette de la Vaporfly. On retrouve la mousse ZoomX, une plaque carbone, deux unités Air Zoom à l’avant-pied et une forme très basculée. L’Alphafly n’est plus une simple chaussure légère : c’est un ensemble technique pensé autour de la foulée marathon. La stabilité, la rigidité et la transition deviennent aussi importantes que le poids.

Kelvin Kiptum : 2 h 00 min 35 à Chicago en 2023

Avec Kelvin Kiptum, la barre des 2 h 01 tombe à Chicago. Le Kényan porte une Nike Alphafly 3, encore au stade de paire prototype au moment du record. Cette version conserve les grands principes du modèle : mousse ZoomX, Flyplate en carbone et unités Air Zoom. Le changement se situe surtout dans la continuité de la semelle et la transition sous le pied. La foulée de Kiptum, très agressive dans la seconde partie de course, donne aussi une autre lecture de ces chaussures : elles doivent rester efficaces quand la fatigue s’installe.

Sabastian Sawe : 1 h 59 min 30 à Londres en 2026

Avec Sabastian Sawe, le marathon passe officiellement sous les deux heures. À Londres, il porte l’adidas Adizero Adios Pro Evo 3, une chaussure annoncée à 97 g en moyenne. La réponse d’adidas ne repose pas seulement sur une semelle haute et réactive.

adidas Adizero Adios Pro Evo 3

Elle va chercher un rapport poids/rendement extrême, avec mousse Lightstrike Pro Evo, plaque carbone et structure ENERGYRIM. Après les flats, puis les supershoes très volumineuses, cette paire ouvre une autre piste : réduire la masse au maximum tout en gardant une forte efficacité mécanique.

Ces dix records montrent que la chaussure de marathon a changé de rôle. Elle n’est plus seulement un outil léger pour courir vite. Elle est devenue une pièce centrale de la performance, encadrée par les règles de World Athletics, avec une semelle limitée à 40 mm et une seule plaque rigide intégrée pour les chaussures de route en compétition.

Reste une nuance à garder : ces modèles n’ont pas couru à la place des athlètes. Ils ont accompagné des coureurs hors norme, sur des parcours rapides, avec des stratégies millimétrées. Mais l’évolution est claire. Depuis Tergat, chaque record du monde du marathon raconte aussi une génération de chaussures.

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